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Articles

Intervention ENPJJ Septembre 2016

La place du Conseil conjugal et familial dans les crises et conflits du  couple
 

 
Historique de la profession de conseillère conjugale et familiale
 
Dans les années 30, Carl Rogers apporte un souffle nouveau à la psychologie clinique. Le counselling apparaît donc comme répondant aux besoins d’individus qui désirent l’aide d’une personne pour résoudre des problèmes qui ne dénotent pas forcément d’une pathologie tels que crise de couple, séparation, divorce, conflit familial, crise identitaire, deuil, etc.
C’est la un des premiers enracinements de ce terme de  conseil conjugal,
Après la guerre 40-45 ?e mouvement laïc et féministe émerge, . C’est cependant dans les années 60 qu’apparaissent les premiers plannings familiaux en France. Parallèlement à cela des mouvements féministes revendiquent la liberté pour les femmes de disposer de leur corps. Cela passe par le contrôle de naissance et donc par l’accès pour toutes à la contraception et à l’IVG. 
Il faudra attendre 1975 pour que la loi Veil, en France, légalise la contraception ainsi que l’avortement.
De plus en plus, la nécessité de former des professionnels répondant aux besoins des femmes se fait sentir. Ainsi que la nécessité d’ouvrir des lieux pour accueillir les femmes et les jeunes filles en demande de contraception ou d’IVG. La loi de 1975 prévoit qu’une demande d’IVG doit être précédée d’un entretien avec un professionnel en conseil conjugal et familial. Cela favorisera la reconnaissance du métier au sein des plannings familiaux. Le Conseiller Conjugal et Familial y exercera aussi bien une fonction de prévention à la vie sexuelle et affective, que des consultations d’aide psychologique. (1)
C’est en 1947, en France, que le docteur Lagroua Weil-Hallé découvre cette nouvelle méthode de régulation des naissances (la contraception orale). Catholique, elle souhaitait accompagner les couples afin de les aider à mettre en pratique la régulation des naissances et ainsi prévenir les risques d’avortements. 
 

Dans ce but, elle créa, en mars 1956, l’association « La Maternité Heureuse » qui deviendra en 1960 le Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF) et qui tire son nom du mouvement américain.
Par la suite, d’autres associations ont également développé cette activité ainsi qu’une formation de conseillers conjugaux et familiaux autour de la question de la contraception, de l’avortement, de l’éducation affective et sexuelle des jeunes et de l’accompagnement des couples : 
En 1956, l’A.F.C.C.C (Association des Amis puis Association Française des Centres de Conseil Conjugal)
En 1962 le C.L.E.R. (Centre de Liaison des Equipes de Recherches) 
En 1966 Couples et Familles
L’E.P.E (Ecole des Parents) et des Educateurs existant depuis 1929, ouvre des formations au conseil conjugal et familial en 1971
En 1976, l’A.N.C.C.E.F. (Association Nationale des Conseillers Conjugaux et Familiaux) est fondée afin de rassembler les conseillers provenant des divers organismes de formation. (2)
La formation :
Formation de 400 heures d’enseignement réparties sur 2 années et de deux stages de 40h. Formation ouverte aux personnes titulaires d’une diplôme d’état professionnel ou universitaire dans les domaines médicale, paramédical, social, éducatif, psychologique, juridique, d’animation ainsi qu’à celles qui, en l’absence de diplôme, ont obtenu l’attestation de formation d’éducation à la vie et qui ont effectué deux cents heures d’activité d’accueil et d’information relative à la vie relationnelle, affective sexuelle et familiale.
Cette formation délivre une attestation d’aptitude au métier. Les CCF revendiquent la mise en place d’un diplôme d’Etat depuis de nombreuses années.
La profession s’exerce principalement dans des centres de planification et d’éducation familiale (CPEF) et dans des établissements d’information et consultation ou de conseil familial (EICCF), en exercice libéral... 
Les missions des CPEF sont définies réglementairement, par l’article 2311-4 du code de santé publique :
Accueil et information sur la fécondité, la contraception
Consultations médicales relatives à la maîtrise de la fécondité
Information en matière de sexualité et d’éducation familiale
Entretiens préalables à l’IVG
Entretiens faisant suite à l’IVG
Prévention, dépistage et traitement des IST
Préparation à la vie de couple et à la fonction parentale, 
entretiens de conseil conjugal
l’accueil  de personnes se trouvant dans des situations difficiles liées à des dysfonctionnements familiaux ou victimes de violences


Selon Jean-Georges Lemaire (fondateur de l’AFCCC) le terme de « conseil conjugal », qui vient du mot latin « consillium », donne au mot le sens de « tenir conseil avec » et non pas d’imposer un point de vue. Le CCF cherche avec la personne à élucider ses problèmes, à comprendre ses difficultés, essaie de découvrir des issues possibles, d’améliorer la communication entre les partenaires.
L’entretien en Conseil conjugal :
 
C’est lorsque les personnes sont débordées par la conflictualité, des angoisses d’abandon, des menaces de séparation, que souvent il y a demande : le couple représente un espace de contenance, il contribue à une cohésion psychique interne.
Si le couple est mis en danger, il y a perte de cette cohésion interne au niveau personnel, conjugal, familial, par perte d’étayage, de peau protectrice…
Souvent, explicitement, la demande concerne surtout l’autre, symptôme du mal être du couple, ou des problèmes de communication, ou des problèmes sexuels devenus insupportables, les personnes viennent pour qu’on les aide à supprimer ce qui est devenu insupportable.
Mais souvent plus profondément, la demande est d’abord à entendre comme une demande de soutien par rapport à des menaces de perte : peur de perdre l’autre, peur de s’y perdre. Il peut aussi y avoir une demande d’apaisement par rapport à des situations d’excitation pulsionnelle, en particulier dans les situations de violence.
Le Cadre : entretien individuel (pour un problème de couple), entretien de couple
Le Cadre pose des limites aux ccf ainsi, qu’aux personnes qui consultent.
Le dispositif mis en place définit un dehors et un dedans : il devient un lieu de dépôt du couple (au sens d’y déposer quelque chose), il est structuré par des règles, tout cela donne au cadre une fonction de contenance, de triangulation, elle favorise un travail de mise en représentation, de pensée.
Parmi les règles avec lesquelles nous travaillons : la confidentialité, la neutralité  (le ccf s’abstient de donner des conseils, d’infléchir une décision) , les entretiens sont non directifs et impliquent la liberté de parole , de dire ce que l’on ressent, imagine , pense, mais il n’y   a pas d’obligation à tout dire…
 
Objectifs : ils sont relatifs à la demande, aux besoins et aux capacités psychiques  des  personnes.
Le cadre, par sa fonction contenante, limitative, la présence de la conseillère conjugale et familiale, sa qualité d’écoute, son positionnement, sa compréhension des mécanismes groupaux (plus qu’individuels), ses interventions, créent des conditions particulières qui : -favorisent restauration et dédramatisation narcissique, permettent  cohérence et cohésion internes, favorisent un questionnement, un approfondissement de la vie psychique.
Cela permet également une mise en représentation des conflits et des problèmes, et de penser (panser) « autrement »la relation de couple.
Dans le cadre de la consultation conjugale, les personnes, les couples peuvent trouver une écoute et un accompagnement qui permettent une réorganisation des liens plus apaisée et plus satisfaisante.
Les couples peuvent alors trouver par eux-mêmes des solutions à leurs difficultés, et/ou prendre une décision : reprise de la relation sur des modalités plus satisfaisantes ou séparations.
 
 
Dans le cas de certains conflits répétitifs et insolubles liés à des traumatismes profonds et inconscients, la reconnaissance de problèmes profonds et le murissement d’une demande personnelle , ou de couple, nécessitant un autre cadre , d’autres soins, le conseilles conjugal et familial vise alors dans la mesure du possible à favoriser l’élaboration et le passage vers une démarche psychothérapeutique.
 
Crises et conflits dans le couple :
 
Et pour commencer cette phrase de robert Neuburger (psychiatre et psychanalyste) « un couple qui va bien n’est pas un couple qui n’a pas de problème mais un couple qui sait les résoudre ».
Comment définir le couple d’aujourd’hui, serait-il si différent des générations qui nous ont précédé ?
Nous sommes passés en quelques siècles du mariage qui n’était qu’un simple contrat entre deux lignages au mariage par amour, puis aujourd’hui au couple d’amour, et donc s’il n’y a plus d’amour, il n’y a plus de couple.
Dans les premiers temps tout couple vit dans l’illusion, l’autre est idéalisé, le couple bien souvent fusionnel ou l’on ne fait rien sans l’autre, c’est le 1+ 1 =1.  (alors qu’un couple est : 1+1 =3 )
Et puis bien souvent déclenché par des événements  extérieurs au couple (chômage, maladie, deuil) ou interne (naissance du 1er enfant, mariage, adolescence des enfants) le couple va être confronté à une phase de désillusion ce que l’on note comme étant la première crise fondatrice du couple.
Personne ne peut exister uniquement à travers le couple, l’autonomie de chacun est une dimension fondamentale.
Un couple doit permettre à chacun d’exister avec ses besoins, ses désirs, en ce sens la première crise est fondatrice.  Elle permet ce passage de l’illusion à la réalité.
Dans les premiers temps de la relation, un certain nombre de caractéristiques communes sont observables :
-Chacun à un besoin constant de la présence physique de l’autre, ou, à défaut, de ses sms, coup de fil, mail …
- chacun a le désir de se rendre totalement disponible pour l’autre et déplore les contraintes sociales et professionnelles qui limitent sa disponibilité
- chacun demande à l’autre de donner sens à sa vie
-Chacun demande à l’autre d’exercer à sa place les fonctions psychiques défaillantes chez lui, par exemple : qu’il ou elle soit sa mémoire, sa volonté, qu’il soit aussi le dépositaire tranquille de ses plaintes, de ses colères, de ses angoisses.
-Chacun attend que l’autre anticipe ses désirs, ses malaises, qu’il les devine sans qu’on ait à lui formuler et qu’il prenne l’initiative de combler ses désirs, de guérir ses malaises.
-Chacun veut que l’autre lui donne des signes de son amour, signes à toujours répéter et dont une bonne partie consiste en des preuves de similitude « si tu m’aimes vraiment, tu dois penser comme moi, sentir les mêmes choses que moi »
Cette énumération qui n’est pas exhaustive fournit à contrario un bon inventaire des reproches en jeu dans une scène de ménage.
  • « tu n’es jamais (entendre tu n’es jamais là pour moi), tu ne supportes pas que j’ai besoin de toi ou inversement tu prends trop de place, tu ne comprends pas, tu ne sais pas me deviner, tu ne me parles pas  de toi, tu ne me parles pas de moi … »
Cet autre que l’on a choisi, idéalisé, enfermé parfois dans une image pleinement satisfaisante pour soi, va être confronté à la réalité et  aux contraintes du quotidien, phase de désillusion nécessaire et inévitable dans la construction de la relation de couple.
Réussir ce passage implique la reconnaissance d’une perte, le renoncement à l’idée que chacun doit et peut tout apporter à l’autre. C’est un véritable processus de deuil.
Dans un couple qui fonctionne bien, le processus de deuil est constamment à l’œuvre et intègre les crises de la vie .Le couple est alors le lieu où se vit le deuil et ou, en même temps, l’un et l’autre peuvent se sentir soutenus.
Le maintien de l’illusion d’une harmonie parfaite est insoutenable dans la durée face à l’épreuve de réalité.
Réalité des contraintes du monde extérieur, réalité des personnalités de chaque partenaire qui vont faire apparaitre dans le partage de la vie quotidienne : des écarts, des différences, des déceptions, des frustrations, des conflits.
Je rencontre actuellement chez beaucoup de couples une certaine résistance à surmonter ce deuil de l’idéalisation du partenaire et à rétablir leur lien sur de nouvelles bases. (Et j’ajouterai encore faut-il qu’il y ait des base, je vois parfois des parcours de couple ou tout s’est fait « comme ça « presque malgré eux, sans réelle fondation, et une maison sans fondation…ca fini par s’écrouler).
Pour illustrer mon propos, je vais vous partager un premier moment de crise de couple, raconté par un couple que j’ai reçu :
« Après plusieurs mois d’une relation qu’ils qualifient eux même de passionnée et fusionnelle, pauline et julien décident de s’installer ensemble .leur petit appartement sent encore la peinture fraiche, il est 19h, et pauline attend julien pour organiser ensemble leur soirée, à 19h30, julien n’est toujours pas là et pauline s’impatiente, à 20h elle est franchement inquiète, et totalement furieuse quand elle le voit apparaitre la mine réjouie à 21h.
Julien tombe des nues, il a rencontré dans la rue un ancien copain de fac, ils ont pris un verre ensemble, et l’idée de prévenir Pauline ne l’a même pas effleuré ; il la voit si libre et indépendante qu’il ne pouvait pas imaginer la retrouver dans ce rôle d’épouse traditionnelle qui attend avec un rouleau à pâtisserie son mari rentrant du bistrot.
Premières déceptions pour chacun qui les font mutuellement sortir de ce temps d’illusion et qui restera longtemps en reproche de la part de pauline « je me suis sentie trahi, je passais après, c’était insupportable «  (et ce reproche s’expliquera dans le travail d’élaboration qu’elle fera, en lien avec son histoire familiale, et notamment avec une mère très rejetante à son égard).
Les crises appartiennent à l’évolution normale du couple et expriment la nécessité d’une transformation.
« Un couple sans crise est un couple suspect «  nous dit serge hefez dans son livre « la danse du couple.
Mais cette appréciation de la notion de crise n’est pas toujours partagé par les 2 partenaires, du moins pas dans le même temps.
Il arrive qu’un seul partenaire éprouve un malaise dans ce couple tandis que l’autre a le sentiment que tout va bien et n’entend pas ou ne comprend pas les plaintes de son partenaire.
S’agit-il alors d’une crise de couple ou d’une crise personnelle ?
En fait, on peut penser que l’évolution du partenaire insatisfait, s’il ne se résigne pas à toutes les chances de provoquer une crise chez l’autre.
Aucun ne peut faire l’économie de cette crise fondatrice, certains quittent l’autre à ce moment-là et repartent vers une nouvelle quête, celle de trouver celui ou celle qui viendra combler tous les manques, ils restent dans l’illusion.
Si toute rencontre semble découler d’une suite  de coïncidences, elle entre toujours en résonnance avec l’enfant que nous étions et chacun l’aborde à son insu avec un certain nombre de déterminisme conscient et inconscient.
De  ces premières expériences infantiles, conscientes et inconscientes restera une empreinte indélébile, dont l’être humain conservera une nostalgie profonde et archaïque .Pour garantir l’équilibre de la personne, puis de la relation de couple, cette tension entre frustration et satisfaction doit être acceptée, car elle permet le mouvement et le changement.
Très souvent les reproches dans le couple ne sont que la projection sur l’autre  de ce que  l’un des partenaires a refoulé en lui et deviennent la cause de très nombreux malentendus. Le couple devient ainsi le lieu d’un travail intense sur soi, si l’on accepte de considérer que ce qui agace chez l’autre correspond à une part inconnu de soi.
Un état de crise est toujours un moment de réaménagement d’un équilibre, c’est tout le contraire d’un état pathologique, la crise survient pour tenter d’éviter une catastrophe.
Lorsque la vie conjugale devient un enfer, il y a cette  possibilité  d’en prendre acte et  de se séparer avec amitié ou animosité.
 
 
Mais il semble important d’accompagner cette décision et de prendre le temps pour faire la part des choses entre la haine de l’autre et la haine de soi, entre la place à laquelle notre histoire nous assigne et la partition que l’autre nous contraint d’exécuter. Changer de couple n’est pas forcement un changement, ce peut être simplement répéter ailleurs les ratés de sa propre histoire.
Lorsque des individus prennent le risque de transformer une relation, cette relation possède à son tour le pouvoir de les transformer.
 
Avant d’aborder rapidement la question de la parentalité, de ce difficile maillage entre conjugal et parental, et pour faire le lien avec la notion du couple, n’oublions pas qu’à l’origine de toute famille, il y a, ou il y eut un couple.
Que se cache –t’il donc derrière cette notion de parentalité si à la mode aujourd’hui ?
Je voudrais vous partager cet extrait d’un article de Patrick ben soussan (pédopsychiatre) dans un article de la revue spirale : « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants : longtemps j’ai été persuadé que le « et » qui reliait les deux parts de cette formule consacrée de fin de conte établissait en fait une disjonction entre le temps du bonheur précèdent, et celui de la parentalité : ils vécurent heureux jusqu’à ce qu’ils aient beaucoup d’enfants. »
Avec un tel postulat, avoir un enfant est-il un don du ciel ou un cauchemar ?
Tout désir d’enfant est une aventure, une création, un don.
On ne nait pas père ou mère dans l’immédiateté d’une naissance , on le devient , et cela prend du temps, quelques jours , quelques semaines ou quelques mois ; et on est un parent toujours en devenir, à s’adapter à celui qui vient, à faire comme on peut avec nos blessures, nos histoires d’enfance parfois lourdes à porter, ce que l’on n’a pas réglé et que l’on va transmettre malgré nous, tous ces désirs projetés sur celui qui vient de naitre et qui fait de nous des parents.
A une jeune mère de famille qui lui demandait comment bien faire avec son enfant, Freud répondit « faites de toute façon, ce sera toujours mal ».Bettelheim parlait de parents acceptables, et Winnicott de « mère suffisamment bonne »
Avec ce terme de parentalité, il y aurait comme une injection à l’excellence, non plus ce parent acceptable mais ce super parent qui doit faire preuve de sa performance parentale à travers l’excellence  de son enfant.
Toute naissance est un facteur de risque pour le couple car c’est aussi dans le rapport de couple que se valide une bonne image de soi en tant que père ou mère, c’est souvent dans le regard du conjoint que le parent s’assure, pas tant sur le mode « ma compagne est une bonne mère » mais plutôt « la façon dont ma compagne est mère me l’a fait t redécouvrir en tant que femme »
Bien souvent l’inverse se produit, l’autre tout à sa maternité ou sa paternité, ne voit plus sa femme dans la mère qui est là ou l’homme dans le père, si bon soit il chacun comme parent, et le couple conjugal devient couple parental.
Chacun semblant oublier qu’avant d’être parents il y avait un couple.
On retrouve alors des parents sous pression, avec des objectifs de perfection inatteignable, et un manque de confiance dans leurs propres capacités.
Aider des parents qui le demandent, c’est leur dire qu’il n’y a pas de savoir objectif et absolu sur l’éducation des enfants et que le soutien à la parentalité ne peut se faire sur la transmission de connaissance mais bien plus par des échanges avec d’autres parents afin que chacun reprenne confiance dans ses compétences.
Eduquer un enfant c’est l’investir de telle manière que cet amour soit le jour venu et sans trop de dommage « opposable », c’est d’ailleurs bien là l’enjeu de l’adolescence.
Il s’agit d’investir l’enfant comme étant le sien tout en renonçant à l’enfant pour soi, celui qui viendrait combler tous les manques, dont le rôle serait de rendre le parent heureux.
Nombre de parents attendent que leur enfant soir source de bonheur, de leur bonheur, du coup il n’a pas le droit d’être frustré, ni triste, ni malheureux, ni même en colère, toute manifestation de ce genre renvoyant le parent à un sentiment d’échec Lourde charge pour un enfant que celle de rendre son parent heureux.
 
Et la à nouveau la question du couple à l’origine se pose pour moi : n’est-ce pas dans le manque de l’autre que vient germer cette attente ? Et n’est-ce pas finalement dans notre enfance et nos propres manques que vient germer cette attente ?
 
 
 En conclusion, je vous propose à nouveau un extrait d’un article de Patrick Bensoussan 
« Le bonheur d’être parent se résout ainsi ; avoir eu des parents qui nous autorisaient à les détester, à les renier et à les aimer
Qui ne nous demandaient aucune preuve de cette haine ou de cette tendresse.
Qui essayaient de répondre à nos demandes, dans la mesure, petite, toujours trop petite, de leurs moyens. Des parents moyens quoi !
Et puis, après avoir eu des parents, avoir eu l’audace ou l’impertinence de faire comme eux …être moyens
Etre parents, un drôle de moyen d’être heureux !


A.Leuret
 Intervention forum ADAPEI avril 2014

 La Place de l’enfant porteur d’un handicap dans sa famille

       Que viens faire une conseillère conjugale dans un colloque sur l’éthique de la dignité, l’élaboration du projet personnalisé, les questions relatives à la construction de la personnalité.                                                                                                                                            
  Dans mon travail , je reçois des personnes , des couples , des familles confrontés à des problématiques parfois personnelles , parfois conjugales ou familiales mais dans lesquelles il est toujours question du lien à l’autre, de l’enveloppe psychique groupale , familiale ; et plus particulièrement de la place de chacun dans telle ou telle famille.
Comment est-on reconnu dans la famille dans laquelle on arrive ?                                                        
 Comment chacun peut il y trouver sa place?                                                                                                                       
 Comment penser et envisager un accès à l’autonomie en tenant compte des désirs et capacités de chacun ?
  Faut-il se séparer de l’autre pour que l’autre advienne ?
Ces questions seront au cœur de nos échanges aujourd’hui :    
De l’accueil à la reconnaissance de l’autre comme sujet, du regard que nous portons sur cet autre porteur d’un handicap et enfin de comment lui permette d’être lui-même avec le plus de plénitude possible ?

La naissance d’un enfant est pour toute la famille une expérience de changement majeur, de crise pourrait-on dire, car elle induit une régression psychique importante, nécessaire à l’accueil du nourrisson.                                                                                                                                                  
 La dépendance totale du nourrisson suscite des liens très fusionnels  que la mère va prendre en charge principalement.                                
 La mère prête en quelque sorte son psychisme au nourrisson pour lui permette de construire son monde intérieur.                                                        Traditionnellement on parle du lien mère –bébé, mère enfant pour décrire les premières étapes de la construction psychique de l’enfant.   
 Toutefois, il est important de souligner qu’il ne s’agit pas  seulement de la mère comme personne mais aussi de la mère comme porte-parole de la famille et cela inclut le lien avec son conjoint, leur alliance et leurs familles d’origine.    
C’est donc une mère qui est au berceau du nourrisson mais aussi tout un groupe familial avec son propre fonctionnement psychique, sa propre histoire, ses mythes.                                                                           
 Et c’est tout cet ensemble qui va donner une place au nouvel arrivant dans la famille actuelle  et dans la succession des générations.                       Les fondements de l’identité de l’enfant sont inscrits dans ce lien familial qui est l’enveloppe première du psychisme en devenir de l’enfant mais aussi son outil de décodage du monde. 
 C’est à partir de ces données que tout être humain prend une place dans l’ensemble familial dans lequel il arrive et peut à partir de là construire son identité de sujet.
Mais une place lui est donnée à condition qu’il puisse s’inscrire dans la continuité, dans la chaine des générations et qu’il puisse répondre au moins en partie aux idéaux familiaux.  Un enfant, en effet est toujours porteur d’attentes multiples : il est porteur de désirs déçus ou  non réalisés de parents, de leurs projections dans l’avenir, de la continuité de la famille.   A ce titre l’enfant est pré investi, avant sa naissance, puis investit par les parents, leurs familles et s’inscrit dans une chaine de sens (on a tous en tête ces moments autour du berceau avec tout ce qui se dit déjà sur ce bébé qui est là, qui vient s’inscrire dans une lignée avec certaines ressemblances physiques, ou pas !).                                                                                                Le premier environnement de l’enfant est donc issu de l’histoire familiale et de ses alliances conscientes et inconscientes.                                     
 Le rôle de cet environnement familial est de tenir, contenir, soutenir le nouveau-né à la fois physiquement et psychiquement afin qu’il prenne place dans le groupe humain et dans la famille qui est la sienne.                                                                                                                              
 C’est donc dans ces premiers instants autour de la naissance que se détermine la qualité des relations futures.                                                      
On pourrait parler ici de circonstances de la rencontre, et elle se fait en tenant compte de l’état du  nouveau-né (ses compétences physiques, physiologiques, énergétiques …) mais également en tenant compte de l’état des parents (est-ce une période heureuse dans leur vie de couple, dans leur vie familiale au sens plus large, dans leur vie professionnelle ou sont-ils au contraire fragilisés par des difficultés ?...). et puis il est question aussi de la place que ce bébé vient prendre dans l’histoire de la famille et dans l’histoire de ses parents, c’est-à-dire dans la succession des générations.   (On pourrait le simplifier en disant un bébé n’arrive pas à n’importe quel moment chez n’importe qui).   Et ceux sont toutes ces circonstances qui vont favoriser ou pas, une rencontre sereine avec ce bébé qui arrive.  
    Les premiers liens avec le bébé, même s’ils peuvent être empreints d’une inquiétude normale, apportent  en général, réassurance, joie  et sécurité.       L’enfant   est investi et identifié comme étant l’un des siens, c’est à dire « fait de la même pate que soi »(Racamier).  
    Nous sommes là dans le registre de l’identification primaire, l’autre nous est familier, il est ressenti comme un être humain semblable qui deviendra un individu particulier et identique à aucun autre, c’est à dire un sujet.
Quand l’enfant qui arrive est porteur d’un handicap, d’une maladie grave ou que les conditions de sa naissance sont traumatiques, les premiers liens avec l’enfant sont source d’insécurité et d’angoisse.   L’accordage relationnel peut s’avérer difficile ; au lieu d’un plaisir partagé, des inquiétudes et des angoisses marquent la rencontre avec l’enfant qui peut apparaitre étrange, voire étranger dans son fonctionnement corporel et psychique.   
  Le processus d’identification primaire est entravé.                                                                                       
    De façon générale, cette identification est spontanée dans la mesure où quand nait un bébé, il va de soi qu’il est fait  de la même pate que nous.  
 A partir de cette identification primaire qui fait de chacun un semblable, les identifications secondaires permettent la reconnaissance  de l’autre comme semblable mais différent dans ses caractéristiques personnelles, donc unique !
Mais face à certains handicaps mentaux lourds, il est parfois difficile  de ressentir l’enfant comme un humain semblable.                                        
  Ce sont alors des vécus de sidération, de pertes de repères qui envahissent les parents et la famille. Les parents se sentent seuls, blessés et bien souvent en échec dans leurs capacités à se sentir bon parents.  Tout enfant nous l’avons dit est porteur des désirs inassouvis de ses parents, il porte l’espoir d’une reprise de ce que les parents n’ont pu réaliser, soutenant ainsi le fantasme d’immortalité du Moi de chacun des parents. 
Le handicap introduit une fracture dans cette continuité du groupe familial.  
 L’annonce du handicap a pu résonner comme un coup de tonnerre, le temps semble alors figé dans une histoire qui s’arrête autour du handicap. Si rien ne vient étayer cette sidération,  le sujet handicapé risque fort de ne jamais pouvoir exister autrement que comme handicapé et incomplet. 
Ainsi peuvent se construire des situations ou le bébé ressenti comme étranger ne peut pas devenir sujet.  Il reste objet de la médecine qui essaie de le réparer, objet parental, familial, qu’on accepte ou qu’on rejette.  
Il n’est plus inscrit dans une filiation qui pourrait enfin l’identifier comme faisant partie de …, il semble être sans avenir    . 
  Il est nécessaire d’accompagner chaque famille   dans la découverte de cet autre porteur d’un handicap, de ses potentialités et non pas seulement de ses manques, et permettre alors que sur ses potentialités puissent s’étayer un projet, un avenir.  
Il s’agit de réintroduire le sujet dans ses désirs, ses souhaits et ses espérances, en tenant compte bien sur des limites liées à son handicap.
Il existe une multiplicité de déficits physiques ou psychiques, plus ou moins graves, plus ou moins invalidants, souvent mêlés et qui vont produire des formes de handicaps variables dont le destin est tributaire de leurs propres limitations.   
   Leur destin est tributaire aussi  de la manière dont toute organisation sociale et familiale va vivre  le déficit et l’encadrer ou non.                                Dans nos sociétés, la naissance d’un enfant  présentant un déficit ouvrant sur un handicap confronte parents, familles et collectivités à un traumatise auquel il faut obligatoirement trouver une issue.  Ces issues consistant bien souvent à d’abord chercher les coupables.                                             S’érigent aussi parfois des lignes de conduites idéologiques au sein desquelles le sujet handicapé est saisi à partir de son seul handicap plutôt que de son état humain.
 Il faut souligner combien il est difficile pour tout homme de se trouver confronté à la perte de l’intégrité de ses fonctions physiques et de ses possibilités intellectuelles, y penser et penser l’autre ainsi est générateur d’angoisse et parfois de mise à distance.    
   S’identifier à un enfant ou adulte privé de la parole, de la vue,  de l’autonomie …nécessite d’accepter en soi angoisses, violence, détresse de même qu’un fort sentiment de culpabilité fréquemment contourné en retirant l’humanité de ce sujet souffrant.                                                               
Penser l’autre en terme d’handicapé, de déficient et non pas en terme de différent, de compétent c’est un bon moyen de se protéger de cette culpabilité et s’autoriser à ne pas se sentir concerné, ne pas se laisser toucher.   
Alors notre désir de communiquer et de les comprendre peut s’éteindre.
 Cette difficulté à penser à la place du sujet handicapé, d’imaginer ce qu’il éprouve, explique le vécu de rejet que peuvent ressentir les familles de la part des autres ,  car tout être humain qui par sa constitution ne rend pas possible certaines projections provoque chez l’autre un malaise.
La confrontation au handicap est donc une épreuve pour tout être humain et nous la retrouvons bien évidemment dans le fonctionnement des familles confrontés à un tel évènement. Les effets et retentissements sur le fonctionnement psychique de la famille ont été mis en évidence et de manière approfondie dans l’ouvrage de Francine André (1985) « l’enfant insuffisamment bon » .                                                                                                 Cet ouvrage a initié une réflexion fondamentale sur la souffrance familiale liée à un handicap grave.                                                                                                                                                                             
Il me parait fondamental d’accompagner les familles pour leur permettre d’investir de façon positive le lien à leur enfant porteur d’un handicap,  leur permette également de projeter sur lui comme sur tout autre enfant la question des ressemblances avec les membres de la famille, une anticipation de son avenir, de son caractère, de ses émotions et de se dégager ainsi de ce trop-plein d’angoisse suscitées par ce trop différent , trop étranger. 
 La visée inconsciente étant alors de le penser comme non souffrant, mais le penser non souffrant ne permet pas la reconnaissance, le décodage et le traitement de la détresse.   
 Alors d’autres mécanismes se mettent en place pour pallier à la défaillance  de la contenance de la famille : ne plus penser et rester dans un mode opératoire, parce que la douleur est impensable.  
 En témoigne cette phrase d’une mère «  heureusement il ne comprend pas, il n’entend pas, il ne sait pas ce qu’il a  et de toute façon moins on lui en parle et moins on y pense, mieux c’est … »
Ces organisations défensives peuvent sembler nocives pour l’individuation psychique de chacun des membres de la famille et particulièrement attaquantes envers l’enfant, elles n’en sont pas moins importantes à comprendre et à soutenir dans un premier temps car elles permettent à la famille de survivre à l’effondrement.
Toutes les familles dans lesquelles naissent un enfant handicapé n’ont pas le même destin.                                                                                     
  Pour certains après le traumatisme infligé par l’annonce du handicap, la vie reprend son cours et l’enfant trouve une place en fonction de ses possibilités. Les mécanismes de défense soulignés tout à l’heure sont discrets, voire absents, les membres de la famille poursuivent leur évolution sans être trop perturbés par la situation liée au handicap.                                                                    
  Pour d’autres, au contraire, le handicap vient révéler les failles de chacun, cela dépend évidemment  de l’importance du déficit, de sa nature, mais aussi de ce qui constitue l’alliance de couple, fondateur de la famille.
On pourra observer également  dans certaines familles des mécanismes d’hyper stimulation comme si le handicap ne pouvait être reconnu, d’autres  dans la réduction de la personne à un objet à soigner
. On  touche ici à la question du fantasme sur le handicap et de sa modalité défensive.
Mais les équipes soignantes ont aussi directement à faire face à l’image du handicap, à l’accueil des souffrances présentes chez l’enfant, ainsi qu’à celles issues des familles.                                                                                                                   
    Le professionnel doit ainsi  avoir une position qui permette  de penser ces différences et ce qui peut ouvrir au partage de ces différentes sources de souffrance.                                                                                                                  
  Mais bien souvent les équipes de professionnel sont mises dans une place fantasmatique de parents de l’enfant. Ce qui est une manière pour le parent réel de demander de l’aide .  Cette position permet un fonctionnement d’équipe mais laisse peu de possibilité de changements car la particularité de chaque sujet est alors nié au profit d’un fonctionnement collectif uniforme.
Nous l’avons vu, le handicap ou la maladie invalidante interroge l’idée d’humanité, entravant les relations d’empathie et d’identification à cause des angoisses et malaises qu’ils procurent.  Cela  nécessite alors un surcroit de travail psychique pour les familles et les professionnels qui s’y trouvent confrontés mais aussi pour tout citoyen.
Le handicap  doit être accueilli dans toutes ses dimensions si l’on ne veut pas  renforcer les mécanismes d’indifférenciation qu’il suscite.
Les mécanismes de défense auxquels sont confrontés les familles ne peuvent en aucun cas faire l’objet d’un jugement : d’abord parce qu’ils constituent ce qu’une famille a pu mettre en place de plus précieux pour survivre à l’effondrement et à la détresse, ensuite parce que ces mécanismes sont présents chez chacun d’entre nous,  y compris chez ceux chargés professionnellement  de prendre un relais éducatif ou soignant vis-à-vis du sujet porteur d’un handicap.
Il est question  dans cette journée du projet individualisé, du contrat pourrait-on dire entre une personne et une institution.   Les professionnels, éducateur, soignant, accompagnant, mais également les parents y sont convoqués pour aider un autre citoyen à donner sens à son parcours, au fur et à mesure qu’il se développe et nécessite pour cela une reconnaissance de la personne, de son identité sociale où il va falloir faire cohabiter les priorités individuelles et les opportunités locales.La raison et la sensibilité  doivent être au service de la volonté.                                                                Une volonté tournée vers la socialisation.

En conclusion, je crois que l’important réside dans le regard que nous portons sur l’autre porteur de différences ; que nous le regardions comme un être qui mérite  notre considération en acceptant de notre côté  qu’il demeure en partie obscur et impénétrable dans sa singularité.
Ce lien à l’autre, quelle que soit  son handicap, nécessite qu’on l’identifie comme une personne à part entière.
Gagner la reconnaissance de l’autre implique d’admettre que cet autre existe pour lui-même et non simplement pour moi, long chemin vers l’indépendance et l’autonomie.  Il est aussi important pour l’enfant de désirer une certaine autonomie que de savoir que son parent désire, au fond de lui, le voir acquérir de l’autonomie  et il y parviendra d’autant mieux que le parent reconnait le bienfait de la séparation et de l’autonomie, qu’il lui fait confiance et qu’il l’aide à se doter des outils pour y parvenir.
Il est nécessaire pour l’enfant et ses parents d’avoir un projet ouvert où l’espoir est présent, non dans le déni du handicap, mais dans une adaptation progressive à la réalité.                                                                                                             
Les parents ne doivent se sentir ni seuls dans une impasse, ni dans une situation figée sans évolution possible.                                                 
Serge Lebovici dans son travail autour de la guidance parentale utilisait l’image du guide voyageur pour illustrer les rapports entre la famille et les professionnels : être un guide qui permet de parcourir un chemin difficile et qui accompagne les voyageurs.
 Ce double aspect celui du voyage et celui de l’accompagnement fournit une bonne métaphore de ce qu’il convient de faire pour les parents
Des avant notre naissance nous avons été investis comme un être humain appelé à prendre une certaine place dans le désir d’un autre.                                                                                                         
  Sur cette base nous sommes identifiés et reconnus comme sujet et nous pouvons alors nous reconnaitre comme tels.  Sans cette reconnaissance de l’identité d’humain, le sujet ne peut se constituer.Mais reconnaitre l’autre n’est pas le connaitre à la perfection.                                                  
 Le reconnaitre c’est être proche de ses limites, de ses énigmes non résolues, c’est à dire proche de ses questions vitales et découvrir que nous sommes responsables les uns des autres.
 
A. Leuret




 

 Vie affective, sexuelle et handicap

 
 
L’annonce, puis l’arrivée d’un  enfant handicapé constitue un véritable traumatisme pour les parents « l’enfant handicapé renvoie à ses parents une image déformée, dans laquelle ils ont du mal à se reconnaitre et à reconnaitre l’enfant attendu, l’enfant qui se situe dans leur filiation et qui doit les perpétuer après leur mort ».Cette naissance fait d’eux des parents d’enfant handicapé, elle remet en question leur identité de parents, leurs conceptions d’eux même et de leur enfant ainsi que leur avenir ? Elle entraine pour eux un véritable cataclysme.
De plus la famille a le plus souvent une lourde difficulté à faire le deuil de la « normalité «  désirée de leur enfant.
Leur sexualité aurait engendré un ratage, ce qui rend encore plus difficile l’idée et l’acceptation de la sexualité de leur enfant, connotée de façon très péjorative car basée sur un  fort sentiment de culpabilité.
Aussi à défaut d »enfant merveilleux » et compte tenu du besoin constant  d’aide et du manque d’autonomie, les parents ont  tendance à considérer leur enfant devenu majeur non comme un adulte mais bien toujours comme un enfant, celui qui aura toujours besoin d’eux , celui dont l’autonomie reste aléatoire, difficile pour eux de pouvoir concevoir qu’il accède un jour à un statut d’homme ou de femme .Nous sommes face à ce fameux syndrome de Peter Pan : des parents ne voyant dans leur progéniture qu’un éternel enfant.
Enfin, il convient de souligner que certains parents ont envers leur enfant une attitude ambivalente, ils continuent d’avoir une proximité corporelle avec leur enfant devenu adulte, cela  va influer sur le développement et l’expression de la vie affective et sexuelle de ces jeunes adultes.
La vie affective et sexuelle des personnes handicapées pose question aux parents, aux éducateurs, aux travailleurs sociaux, à tous ceux qui sont régulièrement en contact avec eux.
 
Peut-on admettre les relations amoureuses ?la vie de couple ? le mariage ?
Faut-il pratiquer une éducation sexuelle ?la contraception doit-elle obligatoire, interdite, conseillée ?
Peut-on accepter qu’une femme handicapée mentale ait des enfants ?
Non seulement les questions sont variées et complexes mais elles ont ceci de particulier qu’elles viennent toucher chacun de nous dans son intimité
 
La question de l’intime est bien au cœur de nos échanges aujourd’hui, car il n’est pas de construction de l’identité de la personne sans cette nécessaire intimité, terme dont l’origine latine vient nous dire « ce qui est le plus au-dedans, au fond », il est question ici de domaine privé ce fameux jardin secret dont voltaire nous dit à la fin de son Candide, qu’il faut le cultiver ;
Le premier espace d’intimité du sujet pourrait être celui où il est pensé, imaginé avant même sa conception par ses ascendants : parents, grands-parents, et également collatéraux : frères, sœurs. Être envisagé par l’arbre généalogique dont on sera une des ramures, c’est déjà exister dans une bulle d’intimité qui elle-même est en cours de constitution.
Puis vient l’espace d’intimité constitué par les membranes maternelles, ce ventre rond , espace privilégié, modèle de toutes les intimités ultérieures.
 
Qu’en est-il alors quand la question de l’intime vient questionner celle du handicap,  faut-il parler de différence dans ce vécu intime,  dans la relation à l’autre, dans  la notion d’espace,  est que l’on aime autrement parce que l’on a un handicap mental ?
Dans son ouvrage « le miroir brisé » Simone Korff-Sausse rapporte les propos de Mireille « Antoine a un zizi et moi je suis trisomique », cette petite fille vit son handicap comme l’équivalent  de la différence sexuelle, cette confusion est bien souvent confortée par l’entourage ; car que veut dire plaire, séduire, être amoureux, se marier, avoir des bébés quand on est trisomique ?
La différence liée au handicap entrainerait elle alors une différence dans l’accès à une vie affective et sexuelle, la vie amoureuse est-elle alors liée à une compétence, est-elle un droit ?
A un niveau social, il s’agit de changer les regards  et les représentations sociales. La problématique  est ici celle de l’intégration des personnes handicapées ; Autant  elles ont droit à l’’accessibilité architecturale, culturelle, professionnelle de moins en moins discriminatoire, autant elles ont droit à une reconnaissance de spécificité dans le domaine affectif et sexuel.
Pour beaucoup l’évocation de la vie affective et sexuelle des handicapés suscite un malaise, mi ange, mi bête, sans sexualité ou au contraire dans une pulsion incontrôlée, difficile de situer le curseur .Reconnaitre aux personnes handicapées le droit à la sexualité , c’est en effet leur permettre de vivre une sexualité « comme tout le monde » , si tant est que cela puisse exister.
La chaleur humaine , la tendresse, le contact , le désir, le plaisir , la sexualité sont des éléments importants dans certaines phases de l’ éveil et de l’évolution de l’être humain.Ca n’est pas un but final mais bien un accès de l’éveil à l’intime, à l’amour , à la joie au bien être , à la relation…il est donc important de permette à tous d’avoir le choix, la possibilité , la compréhension , l’information, s’il en fait la demande, suivant sa maturité dans un projet structurant à long terme.
Avoir le choix  permet un sentiment de liberté, la personne handicapée a besoin au même titre  que toute autre personne de cette possibilité de liberté. Permettre aux individus d’avoir le choix, un choix structurant, donne l’accès à l’autonomie, à l’indépendance, à la construction de soi-même, de l’estime de soi , de la confiance en soi, de la structuration des relations familiales, amoureuses , amicales , professionnelles.
La sexualité n’est pas un but final en soi, mais simplement une marche parmi d’autres vers plus de joie et de bonheur. Si certaines personnes valides ou non valides ne peuvent accéder à la sexualité, c’est qu’il y des raisons à cela ; physiques, émotionnelles, intellectuelles, spirituelles  , des raisons qui concernent des faits de vie, une histoire…d’autres marches doivent être aussi proposées car dans l’absolu il y a et il y aura toujours, des personnes qui n’auront jamais accès à la sexualité mais qui trouveront tout autant de joie, de bien-être et de bonheur par bien d’autres chemins tout aussi constructeurs.
D’où l’importance me semble-t-il de proposer un accompagnement, d’inventer des espaces de paroles, loin de tout jugement, dogmatisme, croyance ; d’être attentif à y prendre en compte la personne dans sa globalité, ses capacités physiques, intellectuelles, émotionnelles, spirituelles
Il n’y a pas de parallélisme entre  l’éveil  de la vie affective,  de la sexualité  et le développement de l’intelligence quand on parle du handicap mental. Néanmoins la demande de chacun doit être prise en compte, décodée. Les mots sont parfois difficiles, les gestes parfois déplacés mais chacun d’entre nous, les personnes mentalement handicapées rêvent d’amour.
 Une petite histoire qui a eu lieu dans un foyer vient éclairer mon propos :
Depuis un certain temps 2 pensionnaires que nous appellerons jean et Geneviève, manifestent l’un pour l’autre un intérêt évident, arrive le jour ou jean déclare ouvertement  qu’il aimerait pouvoir dormir  avec Geneviève ? L’équipe éducative en déduit qu’il s’agit d’une demande de relations sexuelles avec elle et s’inquiète car Geneviève n’a pas de contraception ; mais l’une des éducatrices suggère que l’on tente d’abord de comprendre ce qu’ils veulent dire par dormir ensemble ; renseignement pris ce que voulait Jean  c’est aller dans la chambre de Geneviève et se coucher à côté de son lit, il a donc pris son duvet, il s’est couché par terre et ils ont dormi ensemble, comme ils le souhaitaient. Au bout de quelques mois leur demande a changé  « nous aimerions dormir dans le même lit « , ils  se voyaient comme un couple et souhaitaient donc avoir leur propre chambre comme n’importe quel autre couple. Cette histoire  a entrainé de nombreuses discussions entre les membres du personnel de ce foyer, la direction, la famille, entre le moment de la demande  et la possibilité pour jean et Geneviève d’avoir leur propre chambre, il s’est écoulé 8 mois, de quoi décourager les principaux intéressés !!
Dans les faits les résistances restent nombreuses, pour les parents, les éducateurs, il n’est pas facile de surmonter peurs et préjugés, de renoncer à surprotéger la personne handicapée, et de répondre de manière adéquate à des demandes qui sont souvent formulées maladroitement.
Pour tous les handicaps, le désir d’aimer  d’être aimé, et sa manifestation, qu’elle qu’en soit la forme, peuvent être l’expression d’un souhait de normalité, comme l’envie d’avoir un copain ou une copine ;cela oblige l’entourage familial et professionnel à se concerter avec la personne pour savoir ce qu’elle désire vraiment et e qu’elle est capable de vivre ; mais cet accompagnement  dans l’expérience à vivre ne doit pas non plus être intrusif ; il est indispensable que cela se fasse dans le respect de l’intimité de chacun ;
En reconnaissant la dimension affective et sexuelle comme un élément fondamental, il s’agit avant tout d’associer pleinement la personne handicapée pour lui donner les moyens de son propre développement et de son autonomie, en adoptant des conduites responsables en conscience des risques et des singularités liés à sa situation de handicap.
Les éducateurs et les parents ont un rôle à jouer pour aider les enfants handicapés mentaux à construire leur personnalité et à prendre en grandissant, le plus de risques possibles. Cette attitude permettra peut-être à ces personnes  de nous dire un beau jour : derrière cette porte débute mon intimité.
 

 A.Leuret
 
 

 

    Bientraitance et handicap                                                                                                                      

                                                                 
En préparant cette journée, je réfléchissais au lien entre mon travail de conseillère conjugale et familiale et mon intervention  ce matin.
Dans mon travail, je reçois principalement des couples, mais aussi des familles qui sont en souffrance, en rupture de communication ou en « mal-communication » , avec parfois de la maltraitance quand il n’y a plus de mots . ;
L’un attend de l’autre qu’il soit autre, qu’il lui donne ce qu’il ne peut lui donner, et pourtant pour que la relation dure, il va falloir accepter l’autre tel qu’il est avec ses limites et ses impossibles.
Et ce travail-là : accepter l’autre tel qu’il est, nous y sommes tous confrontés, cela n’est pas réservé au handicap ; nous sommes tous  à un moment ou un autre de notre vie, confrontés à ce travail de deuil :la désillusion, l’autre n’est pas celui que je souhaitais ou imaginais, il est « autre «  et je dois l’accepter .
 
 
Vous savez vous parents, frères, sœurs, combien ce temps de deuil est douloureux, mais combien aussi il est nécessaire.
Il existe aujourd’hui de nombreuses études, concepts pour tenter de comprendre comment des personnes mais aussi des familles arrivent à faire face à des évènements traumatisants et à y faire face de manière positive (ce fameux concept de résilience dont parle Boris cyrulnik).
 
Dans le champ du handicap, l’annonce d’une anomalie ou d’une déficience constitue pour tous les parents un évènement particulièrement traumatisant ; parce c ‘est une atteinte directe et extrême du narcissisme chez les parents.
Cette blessure profonde, ce trou noir comme le nomme certains parents, cette perte de repères est le vécu de nombreux couples.
 Certes pour tout parent, le deuil de l’enfant imaginaire, de l’enfant rêvé est à faire pour rencontrer l’enfant réel et s’y attacher.
Mais lorsque l’enfant présente une déficience , le travail  de deuil  doit s’accomplir tant du côté des parents que du côté de l’enfant lui-même.
 Le processus de deuil perdurera tout au long de la vie et  chaque nouveau regard extérieur (notamment le regard évaluateur de professionnels) réactivera la blessure originelle.
Généralement , plusieurs phases sont communes à tous les parents : l’état de choc, incluant un déni et une absence d’intégration de la nouvelle dans la mémoire, la colère parfois très vive à l’égard de ceux qui sont désignés comme coupable de la déficience, la transaction phase au cours de laquelle le diagnostic est peu à peu intégré à la pensée, la résignation avec parfois repli sur soi, isolement, et enfin l’acceptation et la réconciliation avec une situation difficile et non conforme à l’attente .
Les concepts de résilience, de bienveillance  et de bientraitance viennent éclairer ce difficile chemin de l’annonce du handicap et de son acceptation.
Cela concerne tous les membres de la famille, les parents bien entendu, mais aussi la fratrie ; parce que le fait d’avoir un frère ou une sœur porteur de handicap ne laisse pas indifférent les enfants  et parce que d’autre part certains vont en souffrir plus que d’autres.
Il me semble important  de permettre à chacun de mettre des mots sur les émotions que cela suscite : souffrance, honte, culpabilité…
Lorsque les parents parviennent à établir ce dialogue avec leurs enfants y compris avec celui qui est porteur d’un handicap, ils font alors tous l’expérience du pouvoir libérateur de la parole.
Partager avec leurs enfants, leurs doutes, leur révolte, ouvre la voie pour que les frères et sœurs puissent à leur tour parler. Le groupe que forme les frères et sœurs, le lien qui se nouent entre certains d’entre eux peut-être une ressource précieuse pour l’enfant qui a un handicap et pour ses frères et sœurs.
Il est important de reconnaitre les aspects positifs de cette situation sans toutefois ignorer les souffrances qu’elle peut générer.
Aujourd’hui, il est question de bientraitance, de sécurité, d’autonomie.
En pensant bientraitance j’ai aussitôt associé à maltraitance, mais la bientraitance n’est pas seulement l’absence de maltraitance, la bientraitance est une culture partagée de respect, d’écoute et d’ouverture à l’autre.
Il me semble important de rappeler que la notion de bien-traitance en deux mots a vu le jour avec les travaux de Françoise Dolto avec l’opération pouponnière menée à Paris dans les années 70.Elle atteste de la prise de conscience  de la haute vulnérabilité notamment celle liée à l’âge, avec le concept  développé par les professionnels de la petite enfance de « douces violences », avant même que la bientraitance ne soit appliquée aux personnes âgées et aux personnes porteuses de handicap, en somme à toute personne « vulnérable ».
 
Plusieurs points importants me paraissent recouvrir cette notion de bientraitance :
  • 1er point : le respect de la personne
Cette dimension est plus qu’une préconisation, puisque qu’elle correspond au  droit français et international et se fonde sur le principe de l’égale dignité de tous les êtres humains.
 
Le deuxième point, c’est qu’au-delà d’une série d’acte, la bientraitance est une manière d’être.
  1.  
Il est donc toujours question de paroles !!!
 
Dernier point enfin : il ne s’agit pas simplement de bien faire mais aussi de donner du sens à ce que l’on fait .Cela passe par un questionnement permanent, notamment du côté des professionnels sur le sens qu’ils donnent à leur pratique et à savoir prendre du recul.
 
Mais la bientraitance n’est pas réservée aux professionnels, une bientraitance sociale passe par un changement de regard…
 il y a quelques années une affiche représentant un enfant trisomique disait « mon handicap, votre regard », nous sommes donc tous concernés, de l’endroit où nous sommes.
On comprend que si le traumatisme est propre à la personne en situation de handicap, il concerne également  ses proches et peut se poursuivre en raison du rejet ou non de la famille, de l’entourage ou de la société.
 
Au cœur de nos échanges d’aujourd’hui il s’agit bien aussi de questionner ce regard que nous portons sur l’autre, afin d’y voir ce que nous avons de commun et non pas ce que nous avons de diffèrent.
L’autre avec son handicap et ses limites mais aussi avec ses possibles.
 
L’enjeu de la bientraitance est un enjeu d’humanité, pour des enfants il porte l’espérance que des enfants bien traités seront des adultes bien traitants ; cela demande l’effort d’une société ;
 
 
Je terminerai avec cette phrase trouvée au hasard de mes lectures et dont j’ignore l’auteur, mais qui me parle de bientraitance.
 
« La rencontre, c’est un regard qui envisage, pas un regard qui dévisage « 

A .Leuret

Conférence Débat

 "Comment gérer les cris , les crises et les "caprices " de nos enfants pour en sortir sans crier."
Jeudi 5 octobre 2017 de 19h à 21h à l'athénée municipal de bordeaux.
Animé par Sophie Marie
 

Inscriptions au 0556511717